Lutte contre l'obscurantisme : traitons le sujet sérieusement !

Jérémie Giono, secrétaire départemental du Parti communiste de l'Isère, répond en vidéo et dans une tribune sur le média grenoblois Place Gre'net aux attaques contre les forces républicaines et révolutionnaires, dans une période où il est plus que jamais nécessaire de faire front pour la défense des libertés publiques et contre le racisme.

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La tribune de Jérémie Giono dans Gre'net :

Jérémie Giono, secrétaire départemental du Parti communiste Isère, réagit au climat politique qui a suivi l’attentat contre l’enseignant Samuel Paty et à « l’offensive sans précédent » contre la Gauche, qualifiée de « collabo », de « complice » et d′« islamo-gauchiste ». Il pointe les responsabilités de ceux qu’il considère comme les véritables complices de la montée de l’islamisme, pour enfin aborder les conditions du vivre-ensemble dans une 6e République.


Il y a un mois et demi, le tragique attentat contre Samuel Paty a meurtri le pays. Malgré le contexte sanitaire, nous avons été des milliers à descendre spontanément dans les rues et sur les places pour montrer notre indignation face à ces actes abjects. L’heure était au recueillement et à l’unité. Mais, dès les jours suivants, plusieurs membres du gouvernement ont engagé une séquence surréaliste d’offensive verbale sans précédent contre la Gauche, qualifiée de « collabo », « complice », « islamo-gauchiste »…

Qui est réellement complice de la montée de l’islamisme ?

Alors, commençons par aborder sérieusement la question de la montée de l’islamisme. Oui, une montée des mouvements religieux obscurantistes est constatée, en France et dans un certain nombre de pays du globe. Mais qui est réellement complice de ce phénomène ? La Gauche ou les gouvernements prétendument « républicains », en réalité « libéraux-conservateurs » ?

Face à cette dynamique internationale, qui maintient des relations privilégiées avec les pétromonarchies, principales bases arrières financières du Wahhabisme comme du terrorisme islamiste ? Les gouvernements « libéraux-conservateurs », pas la Gauche.

À l’inverse, lorsqu’il a été prouvé qu’une grande entreprise française comme le cimentier Lafarge avait collaboré – ici le mot est fondé – avec Daech en Syrie, qui en a exigé sa nationalisation comme furent nationalisées les entreprises collaborationnistes en 1945 ? Un député communiste, pas les gouvernements « libéraux-conservateurs », qui s’y sont opposés.

Enfin, sur le plan intérieur, qui a accompagné le retrait des services publics dans nos quartiers populaires par des financements privés issus des pétromonarchies, leur permettant de faire avancer leur « soft power » sur fond de retrait de la République ? Les gouvernements « libéraux-conservateurs », pas la Gauche – en tout cas, pas celle qui est actuellement attaquée.

Une rhétorique visant à importer la doctrine du « choc des civilisations »

À l’inverse, qui est à la pointe du combat pour réclamer des moyens pour combattre la crise économique et sociale, principal carburant de la désespérance qui entraîne les dérives de tous ordres ? Les maires communistes, pas les gouvernements « libéraux-conservateurs ».

Alors, Messieurs les tartuffes de la République, ne seriez-vous pas en train d’accuser la Gauche des conséquences de vos propres choix politiques pour faire diversion, avec la complicité d’une extrême droite trop heureuse de salir ses véritables adversaires ?

Car ces propos outranciers prennent place dans une rhétorique plus complète qui infuse depuis des années, visant à importer la doctrine du « choc des civilisations » en France. La Gauche, qui refuse cette grille de lecture, est ainsi prise à partie par une classe politique « libérale-conservatrice » de plus en plus convertie.

Les discours de « pompiers-pyromanes » font la courte-échelle aux extrêmes droites

Alors, comment combattre le repli communautariste et la montée des obscurantismes ? Là encore, jugeons sur pièce. Que se passe-t-il actuellement ? Comment ne pas constater la faillite de la politique menée depuis plus d’une décennie ? Comment ne pas faire le lien avec la dérive du discours dominant, qui s’accélère et se radicalise année après année ?

Lorsque l’on parle à juste titre d’attentat quand le tueur est islamiste, mais de « déséquilibré » lorsqu’il s’agit d’un « identitaire » suprémaciste blanc, ou d’« agression » lorsqu’il s’agit d’un catholique intégriste, est-ce que ça sert la lutte contre la radicalisation ?

Lorsque l’on organise à juste titre des hommages nationaux quand le terrorisme islamiste frappe, mais que rien n’est fait lorsqu’une mosquée est mitraillée par un ancien militant du FN, comment ne pas cultiver le ressentiment d’une partie de la population ?

Lorsque l’on préfère s’engager dans de doctes débats sémantiques aux relents conspirationnistes plutôt que de constater simplement que la haine de musulmans – ou présumés musulmans – vient revitaliser le racisme que subissent nos concitoyens d’origine maghrébine, en plus de leur imposer une assignation identitaire, ne laisse-t-on pas s’installer l’idée d’une communauté nationale à deux vitesses ?

Alors, qui sont les vrais « complices » de ce que nous subissons, si ce n’est les « libéraux-conservateurs », leurs politiques et leurs discours de « pompiers-pyromanes » qui font la courte-échelle aux extrêmes droites – suprémacistes comme islamistes – en prétendant les combattre ?

Ce que propose la Gauche : une 6e République

En face, ce que propose la Gauche est clair : la République. Pas celle des prétendus « Républicains » – qu’ils soient LR, LREM ou « Printemps républicain » – qui n’ont cessé de détricoter nos services publics, nos solidarités, notre vivre-ensemble… bref tout ce qui fait la devise « Liberté – Égalité – Fraternité » de 1792, 1848 et 1945. Une 6e République qui renoue avec ces valeurs, là où la 5e n’en finit plus de faillir.

Une 6e République qui défend réellement l’État de droit et la laïcité sans hiérarchie des cultes, qui protège la liberté de croyance et de non-croyance, de pensée et d’expression dans le respect du cadre commun.

Une 6e République qui garantisse la sécurité de tous avec une police de proximité présente au sein des populations, là où les « libéraux-conservateurs » mettent en œuvre un mélange inefficace de désengagement territorial au quotidien et d’opérations « coup de poing » ponctuelles.

Une 6e République sociale qui défend l’égalité et ne laisse personne sur le bord du chemin, là où les « libéraux-conservateurs » optent pour une société à l’anglo-saxonne du chacun pour soi.

Une 6e République démocratique qui met l’économie au service de la société et des besoins humains, là où les « libéraux-conservateurs » mènent une politique au service de la minorité d’ultrariches qui pillent le pays, accaparent les fonds publics et détruisent les emplois par milliers.

Une 6e République qui fait de l’Éducation une vraie priorité au service de l’émancipation, là où les « libéraux-conservateurs » insultent nos enseignants dès que le temps des hommages est passé.

Plus que jamais, la République sociale et démocratique, la République pour tous, c’est bien la Gauche qui la porte et non ceux qui en usurpent aujourd’hui le terme pour mieux le vider de son contenu. Et c’est de cette République dont nous avons besoin au XXIe siècle. « La République doit être laïque et sociale mais restera laïque parce qu’elle aura su être sociale. » (Jean Jaurès)