Pour la liberté d'expression, contre la barbarie, déjouons le piège qui nous est tendu.

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Nous vivons des heures très graves et celles qui viennent pourraient être pires.

Il faut dans l'urgence travailler à éteindre l'incendie, lutter contre les réseaux intégristes. Mais il faut également travailler à éradiquer le terreau sur lequel ils prospèrent, le même terreau sur lequel prospèrent les discours d'extrême droite.

Pour cela, il faut la République pour tous, l'égalité réelle, la justice sociale.

Après l'effroi et la sidération, la participation massive aux rassemblements en hommage à Samuel Paty et en soutien aux enseignants est un point d'appui fondamental pour rappeler que la liberté d’expression et de caricature constitue une dimension essentielle de la vie démocratique. Elle doit être protégée, transmise et enseignée.

Nous saluons le travail indispensable de celles et ceux dont c’est le métier : artistes, journalistes, enseignant·e·s, etc. La laïcité, pour nous essentielle, est partie prenante des dispositifs qui organisent ces droits. La République ne reconnaît ni ne subventionne aucune église mais garantit la liberté de culte pour tou·te·s, en conséquence de quoi aucune religion ne peut s’imposer à la République.

La France doit retrouver la voie de la paix civile. Nous ne voulons pas vivre dans un pays où l’extrémisme religieux, en l’occurrence islamiste, terrorise, tue ou cherche à dominer les rapports sociaux. C’est l’opinion de la grande majorité des habitant·e·s de notre pays, par-delà les sensibilités religieuses : athées, chrétiens, musulmans, juifs, etc.

Ces dernières heures, le débat politique et médiatique prend malheureusement une tournure inquiétante à l'image de l’extrême droite, d'anciens ministres de l'intérieur et de membres du Printemps Républicain, occupés à désigner des boucs émissaires : les migrants, une partie de la gauche, des syndicalistes, des militant·e·s antiracistes...

A une lutte efficace contre le terrorisme, ils préfèrent y substituer une politique de la suspicion généralisée envers quiconque n'adhérant pas à leurs thèses politiques. Au nom de la liberté d'expression, ils veulent instaurer une nouvelle police de la pensée.

Ainsi, nous affirmons fermement que les populations migrantes ne sont pas responsables de ces événements et que la bataille pour l’accueil digne, à l’image de celle qui est menée par les militant·e·s de la vallée de la Roya, est plus que jamais nécessaire : fermer les frontières ne servirait à rien, sinon à faire souffrir des innocents. De la même manière, il est ridicule d’accuser les millions de musulman·e·s de France de complicité avec des crimes commis par d’infimes minorités. Nous refusons ces raccourcis haineux qui permettent d’ailleurs aux véritables responsables de ne pas rendre de comptes. La lutte contre l’intégrisme est, pour nous, nécessairement antiraciste.

Nous refusons de tomber dans le piège tendu par les fanatiques, qui consiste justement à fracturer notre société, à la plonger dans le chaos et la guerre civile.

Comment ne pas interpréter cette recherche permanente de boucs émissaires, comme une manière pour les gouvernements successifs, de s’exonérer de leurs propres responsabilités ?

Jamais ne sont évoquées évoquées les relations étroites, politiques et économiques, entre nos gouvernements et l'Arabie Saoudite ou le Qatar, financeurs et bâtisseurs d'un islam politique intégriste.

A aucun moment non plus n'est questionné la responsabilité des puissances occidentales dans la déstabilisation de régions entières du monde à commencer par le proche et le Moyen-Orient.

Quand des états, dont les États-Unis et la France, sèment le désordre et le chaos au nom de la puissance et d'intérêts économiques, ramenant des régions entières, pourtant développées, culturellement riches, à des conditions de vie moyenâgeuse, peut-on vraiment encore s'étonner des conséquences désastreuses ?

L’influence internationale des réseaux intégristes tient aussi aux nombreuses aventures impérialistes qui n’ont pas hésité à s’appuyer sur des groupes fondamentalistes en Libye, en Afghanistan, en Syrie ou en Irak pour faire progresser leurs intérêts.

Toute l'histoire des vingt dernières années, en Irak déjà, en Afghanistan, en Libye… est là pour le confirmer : les interventions militaires occidentales ont toutes eu pour résultat de renforcer les organisations djihadistes.

Nous vivons des heures très graves et celles qui viennent pourraient être pires.

Il faut dans l'urgence travailler à éteindre l'incendie, lutter contre les réseaux intégristes. Mais il faut également travailler à éradiquer le terreau sur lequel il prospère, le même terreau sur lequel prospèrent les discours d'extrême droite.

Pour cela, il faut la République pour tous, l'égalité réelle, la justice sociale.

A ce titre on relèvera le comble du cynisme d'entendre le ministre Blanquer, des responsables de droite et autres, rendre hommage à l'école publique qu'ils s'acharnent à saccager depuis des années au nom de dogmes libéraux.

On notera la remarque d'une enseignante, qui dans un billet sur blogue expliquait déjà il y a quelques années, toutes les difficultés de son travail: "Pas besoin de textes pétris de bonnes intentions, pas besoin de liens vers des séquences sur la liberté d'expression, pas besoin d'émission sur "comment parler des attentats avec les élèves": donnez-nous des médecins scolaires, des assistantes sociales, des COP, des assistants d'éducation, des éducateurs, des profs payés et traités correctement. Donnez-nous des heures pour aider à réfléchir, interroger et comprendre le monde dans lequel nos élèves vivent et sont amenés à prendre part. Tout simplement."

 

S'attaquer aux racines, c'est rebâtir une communauté nationale fondée sur l'égalité des droits.

Si la République est en danger, elle est autant par le fanatisme religieux qui entend substituer la loi des hommes et celle d'un dieu, que par quelques prétendus défenseurs qui entendent l'enfermer dans une conception étroite, martiale et régalienne.

Appeler à ne pas transiger avec le principe de laïcité, c'est fondamental. Ne rien céder sur la liberté d'expression aussi. Mais le faire sans travailler à la nécessité d'une égalité et d'une démocratie réelle, cela se réduit à une injonction, à un ordre.

Tout cela exige une véritable révolution, un retour des services publics, l'éradication de l'exclusion et de la précarité, de la bienveillance, des moyens considérables pour résorber les fractures énormes de notre société.

Pour pouvoir apporter les bonnes réponses, encore faut-il bien cerner les questions politiques qui nous sont posées et travailler à un constat partagé pour affronter l'avenir ensemble.

Car l'entreprise de division est à nouveau à l'œuvre et droite et extrême droite s'empressent déjà de se saisir de la situation pour relancer le thème de la guerre des civilisations, fabriquer des boucs émissaires, multiplier les lois liberticides et d'exceptions.

Ces discours poursuivent une stratégie: désigner un ennemi de l'intérieur pour remplacer le conflit de classe réel et qui s'exacerbe avec la crise, par un affrontement identitaire et communautaire.

La part du fanatisme religieux exploite une situation sociale explosive. Elle puise autant ses racines dans la désespérance de nos sociétés capitalistes qu'en soi dans la religion. Celle-ci n'est pas une abstraction, elle est en relation avec la société.

La poussée intégriste nous dit quelque chose sur ce qui ne fait plus sen commun: la République.

Il est indispensable de mener d'un même un combat, celui pour la sécurité contre le terrorisme et un combat politique, culturel, idéologique contre les intégrismes et tout ce qui les nourrit.

Il n'y aura pas de sortie de crise durable et de solutions aux affrontements identitaires, sans égalité et démocratie réelle, pour conquérir la République véritable de demain, une République commune.

Une France républicaine n'est pas une France de l'uniformité, mais de l'égalité, une égalité pas de semblables, mais de différents. Face à la violence produite par notre monde, la solution n'est pas dans la défense de l'identité, mais dans la conquête de l'égalité, couplée à la liberté et soutenue par la solidarité. 

"Il n'y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs". Victor Hugo, Les misérables.

 

Pierric Annoot,

Secrétaire Départemental du PCF 92,

Membre du Conseil National